Nostalgie à deux balles

mardi 8 février 2005.
Vous connaissez la série de bandes dessinées « Martine » ? C’était les histoires pas vraiment palpitantes d’une charmante petite fille bien française peinte à l’huile dans des couleurs douces. Elle vivait à la ferme avec ses gentils parents : sa mère n’était pas anorexique, son père n’était pas au chômage, aucun de ses amis n’avait fait de la télé-réalité, il y avait plein d’animaux que la plupart d’entre nous n’ont jamais vu autrement que sous cellophane chez Carrefour ; en plus, elle prenait le train toute seule avec des mini-mini jupes pour aller à Dieppe, sans qu’il ne lui arrive de bricoles, les gens lui souriaient dans la rue et -pire que tout- elle gardait des enfants GRATUITEMENT.
Le plus drôle dans tout ça, c’est que quand je tournais les feuilles de ces albums il y a 15 ans, je ne voyais rien d’anormal dans son univers. Enfin, rien qui ne soit pas susceptible d’arriver dans le mien un jour. Pour que vous me suiviez dans mon raisonnement, essayer d’imaginer votre petit frère, votre petite nièce ou n’importe quel gamin d’aujourd’hui lire un « Martine » : il va se marrer. C’est sûr. C’est pas crédible tout ça. Et pourquoi pensez-vous que ce n’est plus crédible pour lui ?
Je ne veux pas faire l’affront à nos lecteurs de leur donner la réponse. N’empêche que plus rien de tout cela n’arrivera jamais à nos enfants, autant s’y faire. Ils naîtront avec de quoi décrypter ce qui est tendance et ce qui ne l’est pas, ils sauront parfaitement désamorcer toute tentative de « niaiserisation » du monde avec des compétences marketing innées. Et évidemment, ils naîtront dans un monde où on ne sort pas après 22h, mais ptet bien qu’ils sauront aussi se servir d’une kalachnikov, donc tout se tient...
Mais pour en revenir à aujourd’hui, je trouve juste qu’entre l’esprit critique à tout-va et les incessants discours sur l’insécurité, on ne peut plus lire des « Martine » tranquille. D’ailleurs, en me baladant sur Internet, j’ai constaté que Martine a un Blog. Ca craint. J’ai envie de me moquer d’elle maintenant, comme tout le monde. Après « Martine prend le train », « Martine tente la coke », et puis ensuite pourquoi pas « Martine porte le voile », mais « Martine se fait (quand même) agresser à Châtelet-les-Halles ».
C’était mieux avant.
Voir en ligne: La collection "Martine" chez Casterman.

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