Ca vous défrise !

mardi 8 février 2005.
 
Les européens sont encore perplexes de la réélection de G.W.Bush à la tête de l’état américain. Voici quelques raisons de ce résultat et aussi, quelques raisons d’être content.
George Bush a été réélu sans discussion possible. Aussi bien au niveau des grands électeurs qu’au niveau du vote populaire, Bush remporte la majorité. Un sacré retournement par rapport à l’élection de 2000 où la situation était bien plus limite. De président le plus mal élu de l’histoire des Etats-Unis et le plus mal considéré dans le monde, Bush est maintenant un président plébiscité aux USA, dans une situation pourtant loin d’être rose et avec un bilan discutable.
Que s’est-il donc passé ?
De nombreux analystes se sont penchés sur la question et chacun a apporté sa pierre à l’édifice d’une théorie de la réélection de G.W.Bush. On cite pêle-mêle sa conduite courageuse ou revancharde (selon le camp) après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, la tendance des américains à serrer les coudes derrière leur président dans les moments difficiles, sa religiosité exacerbée (surtout dans notre échelle de valeur ici), son air bonhomme par opposition à l’aspect embourgeoisé du très bostonien J.Kerry. La tactique électorale de l’équipe républicaine a aussi été mentionnée dans la recette de la victoire à la course présidentielle. Celle-ci a été un savant mélange de républicanisme très marqué, de concessions au centre à certains moments de la campagne et un constant rappel de l’état de guerre des USA contre le terrorisme, tout en mettant un voile pudique sur la situation en Irak. Tout cela donne probablement ici l’impression que Bush est un président bien élu mais pour de mauvaises raisons. On peut même dire qu’un président quelque part en Europe qui se présenterait devant ses électeurs avec un tel bilan et un tel profil serait plutôt battu sévèrement.
Mais un élément important manque au diagnostic de la réélection de Bush : l’influence de la position européenne sur les questions sécuritaires mondiales.
La posture très sélectivement vertueuse et pacifiste d’une bonne partie de l’opinion mondiale quand il s’agit de confronter le terrorisme islamiste et pour la guerre en Irak, en particulier en Europe, partenaire le plus susceptible d’apporter une contribution en chair et devises a conforté les américains dans l’idée qu’il n’y a rien à attendre de ce côté-là, quelques soient les gestes de bonne volonté américains. Par exemple, quand les USA ont proposé la tenue d’un sommet international sur l’Irak, la France a exigé que soient présents les groupes « rebelles » d’Irak. Cette décision n’a pas fait l’unanimité, même dans le monde arabe (article du Jordanian Times, déclaration d’Iyad Allaoui...)
Dans cette perspective, la principale promesse de Kerry ne semble pas tenable et voter pour Bush, qui n’attend l’avis de personne pour prendre ses décisions, prend tout son sens.
Et si les américains n’ont heureusement pas eu vent de la campagne de haine qui s’est abattue sur Bush depuis les préparatifs de la guerre en Irak, ils savent néanmoins qui a fixé la norme comportementale vis-à-vis des USA : les responsables politiques.
Qu’on ne s’y trompe pas, Bush l’a dit explicitement durant la campagne « je ne laisserai pas la sécurité des USA entre les mains de pays comme la France au sein de l’ONU » et cette phrase a marqué les esprits au moment où Kerry promettait de négocier et ramener les alliés historiques des USA à ses côtés.
L’Europe, en refusant de prendre ses responsabilités sécuritaires, a creusé sa partie du fossé atlantique.

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