Un conte de fée moderne

jeudi 3 mars 2005.
 
Le monde moderne aussi donne l’occasion de vivre de belles histoires, que plus tard nous raconterons à nos enfants comme témoignages de notre époque.
Ceci est une histoire vraie, racontée exactement comme l’action s’est déroulée. Je me réserve toutefois une part de subjectivité sur les sentiments que je prête à certains protagonistes.
J’étais dans le bus, vers 18h, avec la masse des gens qui rentrent de leur travail. A l’arrêt du centre-ville monte un jeune homme que nous qualifierons pudiquement d’ « issu de l’immigration maghrébine ». Le jeune homme en question, portant un pantalon large au niveau du fessier et un blouson en simili cuir avec un dragon brodé au dos, semblait agité en montant. S’installant au niveau de la plateforme, devant la porte, je le voyais de mon siège marmonner des insultes, manifestement, il pestait contre quelque chose ou quelqu’un. Le temps passant, ses marmonnades devenaient de plus en plus audible, en fait, il s’en prenait indirectement à tout ce qu’il voyait autour de lui : une personne qui tournait les pages de sa revue et il l’insultait à la 3e personne au lieu de la 2nde. Quelqu’un passait à côté de lui pour s’asseoir et ça recommençait.
Clairement, il agaçait tout le monde dans le bus et moi, depuis mon fauteuil, je continuais de le fixer, mi-provocateur, mi-étonné. Lui évitait soigneusement de soutenir mon regard mais ses invectives se mirent, à mon avis, à me viser. Mal à l’aise, il alla s’asseoir au fond du bus. C’est à ce moment que je me suis levé pour continuer de pouvoir le guetter, je craignais qu’il ne s’en prenne directement à un autre passager. A défaut de s’en prendre physiquement aux personnes assises à côté de lui, il s’en prit à eux verbalement, parlant maintenant clairement de « brûler tout le monde, brûler même leur mère », qualifiant de « mécréant » les français « qui sont roses, qui ont le cul rose et qui resteront roses toute leur vie » malgré le bronzage artificiel. Le bougre eut aussi son couplet sur les juifs, évidemment.
Un murmure parcourait le bus où les gens se retournaient régulièrement pour avoir leur part du spectacle, mi-énervés, mi-amusés.
Après être resté assis 30 secondes, il se leva et rejoint la plateforme à nouveau, juste devant moi, mais me tournant le dos. Je l’entendais maintenant très distinctement. Pour résumer, il insultait la France, les juifs, les mécréants et parlait de massacrer tout ceux qui ne lui convenaient pas.
Je n’ai pas quitté l’énergumène du regard pendant tout le temps de sa tirade.
L’arrêt suivant était le mien et aussi celui d’un simple français moyen d’une quarantaine d’année. Ce monsieur très courageux dit à voix très basse « il est pas bien celui-là ». Je repris son commentaire mais à voix haute et claire. Le jeune homme se retourne alors, ne pouvant plus feindre l’ignorance de ma personne. J’étais énervé, très énervé et j’ai vertement dit au gars de « fermer sa gueule », qu’il « faisait chier tout le monde dans le bus, que ça ferait des vacances à tout le monde qu’il la boucle ». A ce moment le bus était arrêté et je descendais. J’ai invité ce type à descendre afin de terminer l’explication puisqu’il se voulait bravache. Il est une règle générale qui dit que seul, ce genre d’individu n’en mène pas large. Conformément à la règle, il ne descendit pas du bus, finit par marmonner à nouveau dans sa barbe alors que les portes du bus se refermèrent.
L’histoire ne s’arrête pas là. Je dirai même qu’elle commence seulement à partir de maintenant.
Le français moyen se sentit obligé de m’adresser la parole pour me faire part de sa désolation devant un tel spectacle. Je ne me rappelle plus exactement de la brève discussion que nous avons eu, sur le trottoir mais il a évoqué entre autre la possibilité qu’un jour, un plus « gros connard » que lui lui cassera la gueule. J’ai répliqué que la personne qui lui cassera la gueule ne sera pas un connard, qu’elle aura tout mon respect pour ce geste. Cette personne, ça aurait très bien pu être moi tant j’étais en rogne. L’homme poursuit en m’expliquant qu’en plus, en insultant des français, le jeune ne savait même pas à qui il avait affaire, que lui par exemple était de mère espagnole. Je me perdais dans ses propos, je ne voyais pas le rapport, je lui rappelais qu’une nation était avant tout un ensemble de gens qui plébiscitent un projet plutôt qu’une couleur de peau, une origine ou une religion, que la France se devait d’être démocratique, laïque et valoriser la connaissance plutôt que les superstitions.
Je poursuis et explique à Monsieur X que si la France avait laissé tomber son relativisme culturel et qu’on avait montré aux immigrés quel comportement est acceptable et ce qui ne l’est pas, si on avait clairement dit que les particularités culturelles qui ne s’adaptaient pas à la société française devait rester à la frontière (polygamie, égorgement de moutons dans la cage d’escalier etc.), on aurait peut-être moins de ce genre de problèmes, il me répond un couplet vague sur la violence de la France qui est « une machine à broyer », que l’Europe, c’est « juste pour le business » et que les politiciens sont tous véreux.
Devant l’aveuglement de cette personne qui cherchait encore à cultiver sa culpabilité chrétienne d’éternel pêcheur, je préférais rentrer chez moi, je lui ai donc serré la main et dit au revoir.

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