Une autre lecture du discours de Chirac

vendredi 18 février 2005.
 
Article écrit à l’époque où Chesnot et Malbrunot étaient encore captifs au sujet du discours de Chirac quant à leur enlèvement
J’aime les contre-pieds. Celui-ci est sensible puisqu’il concerne la réaction officielle de la France en général et de Chirac en particulier à l’ultimatum consécutif à l’enlèvement des 2 journalistes français en Irak. Je ne peux pas fermer les yeux sur un passage bien précis de son allocution :
« Ces valeurs de respect et de tolérance inspirent notre action partout dans le monde comme sur notre territoire national. Ce sont elles aussi qui ont inspiré la politique de la France en Irak. »
Voilà un complet travestissement de la réalité puisque ce n’est certainement pas la mansuétude et la tolérance de la France qui ont inspiré la loi sur les signes religieux à l’école mais bel et bien la crainte que l’islam ne prenne soudainement une place trop importante dans un des espaces républicains les plus symboliques et déjà bien maltraité : l’école. Devant l’absence de possibilité de rappeler la nature au moins historiquement catholique de la France, devant la même impuissance à signifier que la France était une nation avant de devenir un état multiculturel (oui, les français de souche, n’en déplaise à certains, ça existe), il fallait bien trouver un prétexte consensuel pour remettre l’islam rigoriste à sa place, c’est-à-dire au moins hors des écoles.
La loi sur les signes religieux, même si elle vise toutes les religions (loi oecuménique !) n’a fait que répondre à l’émergence de cas problématiques de voile islamique et indirectement au négationnisme d’élèves musulmans durant les cours d’Histoire. A-t-on jamais entendu parler d’affaire de la kippa, d’enfant juif faisant un scandale à la cantine pour du porc servi au repas ? A-t-on vu des groupes de pression catholiques demander le retrait de l’enseignement du darwinisme pour le remplacer par les théories créationnistes ?
A l’opposé, si la France a fait tant de manières à montrer son refus de la guerre en Irak, c’est justement parce que le gouvernement craignait que la capacité de retenue de la communauté arabo-musulmane, déjà très entamée par la loi ne cède et qu’on ne se retrouve avec trop de raffut dans les « cités sensibles ». Evidemment, les attentats aussi n’auraient pas manqué de laisser quelques cratères dans le métro parisien. On savait en effet avant l’enlèvement que les terroristes islamistes avaient mis la France dans leur agenda pour cette loi. Les déclarations de Al-Zawahiri étaient très claires à ce sujet et la France devait s’attendre à une rentrée chaude, elle le sera encore davantage, croyez le bien.
En résumé, nous nous retrouvons avec une loi pour mettre au pas et un veto pour calmer les esprits. Ce n’est donc en aucun cas la tolérance et le respect qui ont inspiré la loi et le comportement berlinois de la France sur l’affaire irakienne mais plutôt un besoin de démonstration d’autorité de l’état dans un cas, la peur d’un embrasement de l’autre. On est bien loin de la noblesse des raisons invoquées par Chirac et au final, ce discours qui se veut un appel à la mansuétude et aussi une démonstration de fermeté de la France face au chantage n’est que moyennement ferme. Il révèle à mon sens les faiblesses des raisons qui poussent la France à agir : la peur.

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