La gestion de la crise médiatique des otages

lundi 14 février 2005.
 
Sur les motivations, les enjeux secondaires et le travail mis en oeuvre par l’Etat dans le but de retrouver les 2 journalistes enlevés vivants

Avec 2 journalistes français enlevés en Irak et une revendication exigeant le retrait d’une loi votée par le parlement à une écrasante majorité mais controversée dans l’opinion musulmane de France, une gestion médiatique attentive de la crise était indispensable. L’état et les médias ont concerté leur action et l’ont focalisée sur 3 points :

Pour parer au premier risque cité, le remède choisi a été d’impliquer le plus possible les instances religieuses et les populations musulmanes de France en appelant à des manifestations. L’objectif évident et de faire faire au spectateur moyen une séparation nette et franche entre les musulmans de France qui veulent la libération des otages et qui condamnent les méthodes terroristes des terroristes eux-mêmes. Si ce besoin de créer une distance existe, c’est parce que aujourd’hui dans le monde, comme le dit Abdel Rahman al Rachid, la plupart du terrorisme mondial est le fait de musulmans. J’ajouterais même que l’essentiel de la délinquance en France est le fait de musulmans. Il est donc nécessaire de montrer le bon côté de notre communauté musulmane nationale. Je ne connais pas à l’heure où je rédige cet article d’étude sur comment la France perçoit sa communauté musulmane mais je suis prêt à parier ma chemise que celle-ci a plutôt mauvaise presse.
Mais attention, ce n’est pas tout, rappelons que l’UOIF, principale organisation cultuelle musulmane de France avait communiqué de manière incendiaire sur la loi sur la laïcité à l’école auprès des médias arabo-musulmans du monde entier. Les impliquer dans cette affaire sans que cette institution ne puisse envisager de s’y soustraire à cause de la tragédie en cours permet à l’état d’obtenir un auto-démenti cinglant.
La politique pro-arabe de la France était un peu notre monstre du Loch Ness local. La principale différence, c’est qu’aujourd’hui, on a la certitude que celle-ci existe alors que Nessie échappe toujours aux sonars les plus sophistiqués. L’aveu n’est pas tant venu, sur les médias français de l’état lui-même mais de commentateurs qui en d’autres circonstances auraient juré de concert avec les autorités que la France n’a qu’une politique juste et équilibrée mais certainement pas pro-arabe. Sur les médias arabo-musulmans en revanche, notre ministre des affaires étrangères a laissé beaucoup de salive sur les fesses de ses interviewers et en cela, la France a aussi montré un de ses visages. Certains médias occidentaux n’ont pas hésité à ironiser sur la tendance capitularde de la France à cause de ce spectacle navrant. Ils ont aussi fait remarquer que le cas du journaliste italien décapité quelques jours auparavant n’a pas suffit à mettre en route la machine diplomatique française.
Je conçois évidemment que la France dispose d’un certain nombre de cartouches et qu’elle se doit de les conserver pour son usage personnel en priorité mais bizarrement, pour les deux humanitaires italiennes récemment enlevées, la France est prête à mettre son poids dans la balance. Pourquoi après et pas avant ? Probablement parce que pour se sentir concerné par les problèmes d’autrui, il faut avoir vécu la même chose avant.
Cette tendance capitularde de la France, revenons-y justement :
On le sait depuis que le chantage terroriste existe : Céder au grand jour fait de vous une cible privilégiée à de nouveaux maîtres chanteurs. Il n’y a donc que 2 possibilités pour un pays face à ce genre de situation : Résister quitte à risquer la vie des otages ou négocier la libération lorsque l’histoire a commencé à s’éteindre, que l’attention s’en est détournée. La France semble avoir choisi la 2e voie.


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