Le témoignage d’une principale à la commission Stasi

vendredi 11 février 2005.
 
Ce témoignage est peut-être le document le plus fidèle et le plus poignant de la réalité des collèges et lycées dit "difficiles". Pour parler clairement, les lycées où la majorité des élèves sont d’origine maghrébine. Cette principale a relaté à la commission Stasi toutes les manifestations de haine anti-française, anti-juive et anti-occidentale de la part des élèves dont elle a la charge. Edifiant et terrifiant.

Extrait d’une transcription effectuée par M. Macina pour upjf.org

1. Transcription de l’audition de Madame Arvaud, Principale du Collège Beaumarchais, dans le 11e arrondissement de Paris

Je suis Principale dans un établissement situé en ZEP [zone d’éducation prioritaire). Mon collège compte 400 élèves. 40% sont d’origine étrangère, de la 1ère ou 2ème génération. Parmi ces 40% d’origine étrangère, la plupart sont originaires du Maghreb et d’Afrique noire, et, pour une moindre part, du Sud-est asiatique ou de la Chine.

Les difficultés sont de plusieurs ordres, mais celui sur lequel je souhaite intervenir, c’est surtout le problème de l’antisémitisme à l’école. C’est l’un des principaux problèmes que j’ai rencontrés cette année. Il y a des enfants victimes d’antisémitisme.

Je vais vous dire un petit résumé des dernières expériences que j’ai vécues et je vais les accompagner de quelques commentaires.

Il n’est pas rare que des enfants juifs soient victimes de propos antisémites, dont « Sale juif ! » est l’expression la plus courante et la plus édulcorée. [Ces propos] sont accompagnés, depuis des événements que je ne rappellerai pas, de « Vive Ben Laden ! », que j’entends dans les couloirs, à longueur de journée, bien que nous luttions contre sans relâche.

Il n’est pas rare non plus que ces mêmes enfants soient victimes de violences physiques, parce que leurs adversaires jouent - je dis « jouent » entre guillemets, parce que c’est l’expression qu’ils emploient - jouent à les battre, les suivent dans la rue, et vont jusque chez eux, et même les harcèlent au téléphone. Ces violences sont perpétrées à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement.

Il ne serait pas juste de croire que c’est un manque de personnel qui nous empêche d’agir contre les agresseurs. Ceux-ci, évidemment, n’agressent leurs victimes que quand il n’y a pas de témoin. Et si témoin il y a, ce sont quelques élèves qui entendent et qui voient ce qui se passe, mais qui respectent la loi du silence qui, dans ces cas-là, fonctionne au-delà de toute imagination.

Les enfants qui sont agressés de la sorte finissent par s’ouvrir de leur souffrance, le plus souvent soit à un parent, soit à un professeur, soit à un membre de l’équipe éducative à l’intérieur de l’établissement. Mais le plus souvent, quand ils s’en ouvrent, c’est qu’ils n’en peuvent absolument plus, et là, le mal est fait, et la douleur psychologique de ces enfants-là est absolument immense.

Je dois dire que, le plus souvent, on se doute qu’il se passe quelque chose comme cela, parce qu’on voit des enfants qui étaient bons élèves, par exemple, et qui, d’un seul coup, ne travaillent plus bien, sont déstabilisés, sont angoissés, ne répondent plus au professeur quand on les interroge, etc. C’est-à-dire qu’il y a des signes que l’on peut reconnaître ; mais quand on reconnaît ces signes-là, ils peuvent avoir plusieurs causes, et pas forcément celle-là [le harcèlement antisémite]. Mais en tout cas, quand on s’aperçoit qu’il y a eu un cas de violence antisémite à l’égard d’un enfant, il y a toujours ces signes-là avant.

Alors, évidemment, on peut se dire : Mais que fait le chef d’établissement devant tout cela ?

Les victimes, quand elles sont identifiées - vous avez bien compris dans quelles conditions -, finissent toujours par donner les noms de leurs bourreaux. - Je dis « bourreaux » entre guillemets, mais on peut tout de même parler comme cela, vu la souffrance physique et morale qui est infligée [aux victimes].

Mais les « bourreaux » en question, quand on les interroge, dès qu’on les a identifiés, grâce au témoignage de l’enfant qui est martyrisé, ils n’avouent absolument jamais. C’est-à-dire que, quand on demande : « Alors, vous avez dit telle chose à tel enfant, vous avez fait telle chose à tel ou tel enfant ? » [la réponse est] « C’est pas vrai ! C’est pas vrai ! ». Le système de défense est toujours le même : on n’avoue absolument pas.

A partir de là, pour un chef d’établissement, punir un élève qui ne reconnaît pas sa faute, c’est absolument impossible. D’autant qu’il n’y a pas de témoin. S’il y a des témoins, bien évidemment on peut mieux s’en sortir, mais s’il n’y a pas de témoin - ce qui est le cas pour 99% des faits - et que le jeune agresseur nie, il n’y a pas d’autre moyen que la parole pour essayer de faire revenir cet enfant-là à de meilleurs sentiments à l’égard des enfants persécutés.

Donc, je disais que punir un élève qui refuse de reconnaître sa faute est impossible, et si je le fais, il faut que je brave les foudres - absolument terribles - des parents, qui crient à l’injustice, bien entendu et qui n’hésitent pas à adresser des courriers à mes supérieurs hiérarchiques, au rectorat, par exemple, pour expliquer qu’ils ont affaire à un chef d’établissement raciste et qu’ils sont victimes du racisme de ce chef d’établissement. Voilà. C’est un comble, mais c’est absolument réel.

Il y a des cas où un agresseur avoue. Peut-être. Je vous dis bien sincèrement que, dans tous les cas que j’ai eu à traiter concernant des affaires de ce type, cela ne m’est arrivé qu’une seule fois. Donc l’agresseur avoue : Oui, Madame, j’ai dit à tel élève : « Sale juif ! ». Donc, je le punis en vertu de la loi et du règlement intérieur [de l’école]. A partir du moment où je sermonne l’agresseur et le rappelle au respect des autres - au-delà, d’ailleurs, de toute idée religieuse - au respect de la personne, eh bien, j’ai des retours [réactions] qui sont tout à fait inattendus. A savoir que, quand l’enfant rentre à la maison avec la punition, on ne lui dit pas : « Mon garçon (ce sont le plus souvent des garçons qui ont ces agissements), ce que tu as fait n’est pas bien. » On lui dit au contraire : « Tu as fait ce que tu devais faire. C’est très bien. » Voilà.

Autrement dit, l’attitude du jeune est encouragée et valorisée, si bien qu’il y a une distorsion entre le discours du chef de l’établissement et le discours de la famille. Ce qui fait qu’il est extrêmement difficile d’espérer que la punition va résoudre le problème. Si j’en punis un qui finit par se tenir à peu près correctement, j’en ai dix qui frappent à la porte pour se montrer à la hauteur de la situation.

Alors que faut-il faire dans ce genre de situation ? Puisque même si je punis l’enfant agresseur, je n’arrive pas à protéger totalement l’enfant agressé. Alors, qu’est-ce que je fais dans cette situation ? Eh bien, je n’ai pas d’autre solution que de tenter de soustraire l’agressé à ses agresseurs en le faisant changer d’établissement. Et, à ce moment-là est entamée une procédure à l’amiable, d’une part, avec le chef de l’établissement que je sollicite, et d’autre part, avec les parents de l’enfant, bien entendu, et également avec l’enfant avec qui j’en ai parlé, et puis avec le rectorat, qui, en général, avalise le changement d’établissement.

Le changement d’établissement, c’est une mesure de protection que je prends. Ce n’est pas vraiment une mesure éducative, ou une mesure qui va dans le sens de l’apprentissage de la laïcité, puisque c’est l’objet de votre Commission. C’est une mesure de protection parce que je n’en ai pas d’autre - pour l’instant, en tout cas -, à ma disposition. Et puis, cela ne se fait que parce qu’il existe une réelle solidarité entre les chefs d’établissement, et parce que, entre nous, nous nous comprenons par rapport à ce genre de problème.

Parce que ce que je veux vous dire aussi, c’est que les faits que je vous rapporte - qui sont des faits réels, que j’ai vécus à plusieurs reprises -, je ne suis pas la seule à les avoir vécus. Je connais bon nombre de chefs d’établissements, dans Paris, qui ont vécu exactement la même situation.

A ce propos, je voudrais vous lire le témoignage d’une maman d’élève d’un enfant qui est scolarisé dans un autre établissement que le mien. J’ai eu connaissance de la lettre qu’elle avait envoyée au rectorat de Paris, parce que [la mère] demandait un changement d’établissement de son enfant pour les raisons que vous allez comprendre, et elle demandait que son enfant soit inscrit dans mon établissement. Je n’ai pas encouragé l’affectation de cet enfant dans mon établissement, puisque j’avais connu des difficultés avec beaucoup d’enfants, qui correspondaient aux difficultés qu’elle évoquait [et auxquelles son enfant était confronté] dans un autre établissement. Voilà la lettre de la maman, adressée à Monsieur l’Inspecteur d’académie. C’est une lettre très récente : elle date de fin août [2003, rappelons que l’audition de Mme Arvaud a eu lieu en septembre 2003], et elle expose les raisons pour lesquelles la maman souhaite que son enfant change d’établissement.

« Monsieur l’Inspecteur d’académie,

Je sollicite votre bienveillance pour une demande de changement de collège en classe de 4ème pour mon fils X..., et ce au regard des faits décrits ci-après.

Mon fils a intégré le collège X..., pour l’année scolaire 2002-2003, en classe de 5ème. Si, les premiers jours, sentant l’hostilité féroce à l’égard des Juifs, mon fils s’est bien gardé de répondre aux provocations en taisant son état de Juif, aucun signe ostentatoire, médaille ou autre, de sa religion n’a été montré. Par malheur, au cours d’un changement de vêtements au vestiaire, au cours d’éducation physique, un élève a surpris mon fils et s’est empressé de répéter à toute la classe le signe juif de la circoncision [de mon fils]. A partir de ce moment, ce fut, pour mon enfant, un véritable calvaire. Mon enfant a été molesté, insulté, traité de « Sale youpin ! », et cela durant toute l’année scolaire. Il a même commencé à être racketté. Je suis intervenue fermement auprès de la conseillère d’éducation, Mme X... Cela n’empêcha nullement le racketteur de racketter mon fils, qui fut victime de représailles des grands frères de l’agresseur.

Jour après jour, nous vivions un véritable cauchemar. La majorité des élèves de sa classe sont d’origine arabo-musulmane, et je suis stupéfaite de ce qu’aucun professeur n’ait eu le courage de s’interposer entre les élèves et mon fils.

Je me suis plainte plusieurs fois auprès de ses professeurs, pour m’entendre dire qu’ils étaient impuissants face à ce type de problème et qu’il faudrait songer, sans aucun doute, à changer d’établissement scolaire, puisque, entre guillemets et [inaudible] crûment parlant, les quelques juifs restant au collège étaient trop minoritaires, et donc dans l’impossibilité de se défendre. Etant mère célibataire, sans emploi actuellement, comment pourrais-je protéger mon enfant contre un harcèlement quotidien qui pourrait dégénérer ?

Mon fils a eu des résultats scolaires très médiocres. Mais, [avec] la peur au ventre, comment peut-il se concentrer sur les cours ?

L’école de la République est agonisante et je n’ai pas le pouvoir d’y faire grand-chose. Je n’ai pas non plus les moyens d’envoyer mon enfant dans un établissement privé pour protéger son intégrité physique et mentale. Ce harcèlement m’a coûté une fortune en fournitures scolaires, en vêtements [allusion au racket], et toujours aucune sanction.

L’Intifada au Moyen-Orient ne doit pas être un prétexte au lynchage des élèves juifs. Nous avons déjà donné. Les grands-parents maternels de mon fils ont été raflés, et l’étoile jaune de la famille est remise au goût du jour !

Je ne veux plus voir souffrir mon enfant, et, au risque de vous paraître prosélyte, je citerai tout de même le Talmud : "Le monde est soutenu par les enfants qui étudient" [la Thora].

Mon fils a droit à la connaissance comme n’importe quel autre citoyen français. J’ai été moi-même élève de l’école de la République. Je suis née en Tunisie : c’est tout un programme.

Je vous remercie par avance du soin que vous apporterez... [formule de politesse] ».

Voilà, ça c’est un témoignage avec les mots de la maman. Mais c’est exactement la situation que j’ai vécue, je dirai, deux ou trois fois par an, ces dernières années. Parce que c’est quand même un phénomène qui est relativement récent.

Je ne vous ai pas donné mon Curriculum Vitae, en entrant dans cet exposé. J’ai 58 ans. Je suis Principale de collège depuis 25 ans. J’ai été auparavant professeur de mathématiques. J’ai donc une longue pratique de l’Education nationale, qui me permet de voir que l’évolution est tout à fait dans ce sens-là, et, en tout cas, est tout à fait récente.

Dans les différents postes que j’ai occupés comme Principale, j’ai été en Province, j’ai été en banlieue, et puis, je finis ma carrière à Paris, où je suis depuis 11 ans maintenant. Donc j’ai vu cette évolution. A tout cela je voudrais ajouter qu’il y a d’autres phénomènes contre lesquels j’ai été amenée à lutter, et qui ne sont pas moins graves ni moins préoccupants au regard de la laïcité.

Par exemple, il y a encore une chose contre laquelle je mène une lutte de tous les instants : des élèves, je dirai : déguisés - je ne peux dire cela autrement - en terroristes, surtout des garçons - cagoule noire qui ne laisse voir que les yeux dans le visage, foulard palestinien sur les épaules, [chapelet de] balles de revolver autour du cou, etc. -, qui tentent d’entrer au collège dans cette tenue. Et, là aussi, je peux vous dire que je ne suis pas seule dans ce cas. Ce n’est pas seulement le cas du collège Beaumarchais : c’est le cas de plusieurs établissements dans Paris, en tout cas, et peut-être ailleurs. Je parle donc de Paris parce que je connais d’autres collègues qui ont à lutter contre ce genre de choses. Cela veut dire que je suis à la porte du collège tous les matins et je vérifie que les enfants n’entrent pas dans cette tenue.

[Je veux] évoquer aussi le relatif laxisme que certains personnels peuvent manifester au regard de tout cela. [Par exemple], j’ai normalement un surveillant [qui est] toujours à la porte [de l’école], mais qu[’il] n’a pas toujours le courage de s’opposer à ce genre de situation. Donc, il faut que j’y sois, et j’y suis.

Qu’est-ce que je peux vous dire encore ? Concernant les parents musulmans, je ne voudrais pas vous paraître - comment vais-je dire ? - euh, opposée à la religion musulmane, ce n’est pas du tout ça, mais c’est l’expérience qui me montre que c’est toujours par rapport à des parents et des enfants de confession musulmane que j’ai des problèmes.

Quand je punis un enfant, pour quelque raison que ce soit, pour un méfait bénin, ou plus grave, à l’intérieur de l’établissement, j’ai les parents d’origine musulmane - enfin, quand je dis les parents -, les pères qui débarquent dans mon bureau, avec les oncles, avec les grands frères, avec le petit frère, avec toute la fratrie, qui débarquent dans mon bureau et qui m’expliquent qu’il est hors de question qu’une punition soit infligée à leur enfant, eu égard au fait que c’est une femme qui la prononce. Bon, c’est quand même une réalité, et ce n’est pas marginal.

Je voudrais signaler aussi que je suis amenée à recevoir un certain nombre de certificats médicaux, que je dirais de complaisance, pour dispenser les jeunes élèves de confession musulmane de la piscine, des cours d’éducation physique, voire des cours d’éducation civique, parce qu’on leur a inculqué, au cours d’éducation civique, des valeurs qui ne sont pas celles qu’on leur défend à la maison [ ?].

Je vous dis tout de suite que les certificats médicaux pour ne pas aller à la piscine, éventuellement, cela peut être recevable, parce qu’il peut y avoir des raisons médicales qui justifient l’absence de l’enfant à la piscine. Je ne suis pas à même d’en juger : je ne suis pas médecin. Mais quand c’est pour demander que l’enfant n’assiste pas au cours d’éducation civique, parce que ça le déstabilise, là, je suis beaucoup plus réticente, et non seulement je suis réticente, mais je m’y oppose avec fermeté.

Voilà. Je voulais dire aussi que les problèmes que je rencontre ne sont pas toujours liés au comportement des élèves, mais [qu’ils] peu[ven]t être liés au comportement des professeurs.

J’ai, par exemple eu affaire à un professeur d’histoire qui enseignait, l’année dernière, en 6ème - je ne sais pas si vous connaissez le problème de la classe de 6ème en histoire, mais, en tout cas, il comporte une partie non négligeable d’étude des grandes religions du Moyen-Orient. Donc, il y a la religion juive, la religion musulmane et les religions chrétiennes. Cela fait partie du programme d’histoire en 6ème. Eh bien, c’est un professeur d’histoire, en 6ème, qui n’a traité qu’une partie du programme : celle qui concernait la religion musulmane. Normalement [un tel comportement] ne viendrait pas à l’esprit d’un professeur d’histoire, convaincu que son enseignement est pluridisciplinaire à l’intérieur de cette discipline. Le [dit] professeur a emmené ses élèves à la mosquée de Paris. Je n’y aurais vu aucun inconvénient s’il avait [également] estimé devoir les emmener, par exemple, une demi-journée à Notre-Dame, et une autre demi-journée, peut-être, dans une synagogue ; mais ce n’a pas été le cas.

Donc, il y a, là aussi, peut-être, un travail de réflexion, non seulement par rapport au comportement des élèves, mais par rapport au comportement des enseignants eux-mêmes.

Voilà. Je voudrais finir en vous disant que j’ai eu à traiter quelques problèmes de foulard. J’ai toujours réussi à les traiter à l’amiable, en recevant les élèves, d’une part, et les parents d’élèves, d’autre part. A force de discussions, à force d’arguments persuasifs, j’ai toujours réussi à faire en sorte que les jeunes filles concernées enlèvent leur foulard avant d’entrer au collège et le remettent en sortant. Mais je voudrais vous dire quelque chose par rapport à cela. C’est que ces jeunes filles-là, j’ai suivi leur scolarité de la 6ème à la 3ème. Vous savez qu’en fin de 3ème, tous les enfants sont orientés vers un lycée - un lycée professionnel, ou un lycée général et technologique. Rares sont les élèves qui se dirigent vers la voie de l’apprentissage, ou même la voie du travail directement. Et ce [sont] maintenant 99, 9 % des enfants qui sortent de 3ème, qui entrent dans une formation, soit d’études générales, soit qualifiantes pour un métier. Eh bien, toutes ces jeunes filles, pour lesquelles j’ai eu à résoudre des problèmes de foulard, n’ont jamais fait d’études après la classe de 3ème, bien que les professeurs les aient orientées vers des lycées, comme tous les enfants dont ils ont la charge. Jamais ces enfants-là ne vont ensuite à l’école, au lycée, ou au collège. Ce [sont] peut-être des cas exceptionnels que j’ai connus, mais, en tout cas, c’est une expérience que je vous rapporte, et c’est la réalité.

Enfin - [et] ce n’est pas négligeable non plus -, dans le respect de la laïcité, on a l’impression que la vision de la scolarité n’est pas celle que la République envisage, mais celle que la tradition familiale envisage. Donc, là aussi, je pense qu’il y a un problème en ce qui concerne l’égalité des chances, qui est ce que l’école de la République offre de plus noble.

Pour finir, je voudrais vous dire comment j’envisage, peut-être, que quelques solutions puissent être apportées.

Il y a eu, à mon avis, des décisions très fâcheuses qui ont été prises dans les années 90. Comme, par exemple, la réintégration, par le Rectorat, ou le Ministère de l’Education Nationale, d’élèves qui avaient été renvoyées d’établissements, parce qu’elles refusaient, par exemple, de retirer leur foulard. Je pense que cela a été quelque chose d’assez catastrophique, parce que cela a laissé entendre que c’était une pratique qu’il était impossible d[’imposer] au sein des établissements scolaires. Il me semble qu’il y a un espace de liberté qui est dévolu aux établissements scolaires qui appliquent la loi et le règlement intérieur, mais que cela est source de difficultés dans toutes les questions relatives à la laïcité. Et il me semble qu’une interdiction pure et simple de tout signe extérieur d’appartenance à une confession religieuse dans un établissement d’enseignement supérieur public devrait être prononcée pour que la loi qui existe actuellement ne soit pas interprétée, et que seule la responsabilité du chef d’établissement soit engagée par les décisions qui seront prises. Cela rendrait, à mon avis, les choses beaucoup plus claires.

A ce propos, je voudrais vous lire un [passage] que j’ai écrit en préambule dans le Règlement intérieur de mon établissement. Je ne l’ai pas inventé, [il] n’est pas de mon cru. C’est un [passage] que j’ai pris dans les documents officiels de l’Education nationale.

"Introduction. Le service public de l’éducation repose sur des valeurs inspirées des principes spécifiques que chacun se doit de respecter dans l’établissement. La gratuité de l’enseignement, la neutralité, la laïcité, le travail, l’assiduité et la ponctualité, le devoir de tolérance dans sa personne et ses convictions (ainsi - entre parenthèses - qu’il est demandé à tous les membres de la communauté scolaire, de se garder de toute marque ostentatoire, vestimentaire ou autre, tendant à promouvoir toute croyance), l’égalité de chances et de traitement entre filles et garçons, les garanties de protection contre toutes formes de violence psychologique, physique, ou morale, et le devoir qui en découle, pour chacun, de n’user d’aucune violence, le respect mutuel entre adultes et élèves et des élèves entre eux... [tout cela] constitue également un des fondements de la vie collective."

Donc ça, c’est dans le Règlement intérieur, mais vous comprenez bien que j’ai repris des textes qui ont été officiels au Ministère de l’Education nationale et que, même si j’y ai apporté quelques précisions qui paraissent assez claires, eh bien, je n’ai pas, avec la loi [actuelle], les moyens de sanctionner] les agissements qui mettent la laïcité en défaut.

Je voudrais finir en disant que l’école tente de faire des citoyens responsables qui réfléchissent, mais qu’il y a certains médias - pas forcément français - qui bourrent le crâne des élèves. Je m’excuse de l’expression "bourrer le crâne", [mais] je n’en trouve pas d’autre [qui soit] aussi explicite. Ces élèves-là pensent déjà que le travail à l’école est sans objet, et que le respect des autres est à sens unique. Et ce bourrage de crâne donne lieu à des idées toutes faites sur tout, et particulièrement sur la haine des Juifs. Et, pour l’instant, je considère que ces médias-là sont plus forts que l’école sur le [plan] de l’antisémitisme ordinaire... Les heures d’éducation civique ne font pas le poids par rapport à cela, et je pense qu’une formation à la laïcité à l’attention des futurs enseignants et même à l’attention des anciens - [car] il n’est pas mauvais de remettre au goût du jour des connaissances anciennes que l’on doit avoir -, tout cela me paraît indispensable. Et donc, pour moi, [une] loi claire définissant ce qui est interdit au sein de l’école publique serait une garantie d’efficacité.



2. Questions des membres de la Commission et réponses de Madame Arvaud

Bernard Stasi, président de la Commission
Nous vous avons écoutée avec beaucoup d’intérêt, et je crois pouvoir dire aussi avec beaucoup d’émotion, et nous vous remercions pour tout ce témoignage qui nous a fait bien comprendre - mieux comprendre - la difficulté de votre tâche, et les difficultés de toutes celles et de tous ceux qui, comme vous, sont confrontés à des situations comme celles que vous avez décrites. Alors, si vous le voulez bien, je vais donner la parole à monsieur Jean Baubérot, qui va vous poser la première question.

Jean Baubérot

Oui, madame, comme cela vient d’être dit, effectivement, c’est avec sympathie active que nous avons écouté, parce que nous comprenons que ces problèmes sont très graves et que les gens comme vous, qui sont [en] première ligne pour les traiter ont droit non seulement à notre [ ? compréhension ?], mais à notre sympathie active et à notre solidarité.

Dans l’exposé très riche que vous avez présenté, je voudrais peut-être prendre... - parce que, disons, il faut trouver un levier dans cette affaire, puisque, comme vous l’avez dit, il n’y a pas de solution-miracle, malheureusement, et on est obligé de faire face à des situations d’urgence, et, comme vous l’avez dit, de prendre des mesures de protection qui sont indispensables, mais, malheureusement, qui ne sont pas suffisantes pour résoudre le problème. Donc, je me demande si le levier, ça ne serait pas que les éléments que vous avez décrits - et qui sèment, j’allais dire : la perturbation et créent un climat défavorable... [incompréhensible, texte restitué approximativement] - qu’il soit d’abord créé un climat favorable au sein du corps enseignant, me semble-t-il. Et là, donc, je voudrais savoir s’il y a eu une réflexion collective qui a été entreprise et de quelle sorte, au sein du corps enseignant pour, à la fois, montrer que ce corps, collectivement - mise à part, peut-être, une exception - mais que ce corps, collectivement, juge ces agissements inacceptables. Qu’il essaye, dans son enseignement, de trouver des biais pour montrer que, quand des élèves d’une confession ou d’une croyance sont menacés, c’est tout le monde qui est menacé, c’est tout le monde qui est menacé [répétition de M. Baubérot], et, notamment à ce niveau-là, que les stéréotypes racistes, antisémites sont des stéréotypes interchangeables au cours de l’histoire , et que ce [sont] de très nombreuses communautés croyantes et religions qui en ont été victimes, et donc qu’en fait, c’est tout le monde qui est menacé par cette affaire et que c’est à la fois, disons, un devoir moral, mais aussi un intérêt bien compris de chacun de lutter contre un tel climat.

Voilà. Quelle pédagogie pourrait être mise en œuvre pour arriver à ce but, qui est, me semble-t-il, le complément indispensable des mesures de précaution que vous avez dû prendre.

Madame Arvaud

Je vous dirais que, évidemment, puisque je vous ai rapporté des faits qui se sont passés dans mon établissement, cela n’a pas été sans écho auprès des professeurs. J’ai donc, depuis ces dernières années, toujours consacré un temps... - vous savez que nous avons une prérentrée ; les professeurs et l’administration des établissements scolaires rentrent avant les élèves - j’ai toujours consacré un temps non négligeable, au moment de la prérentrée, à une réflexion par rapport à ces problèmes-là. C’est-à-dire que j’ai toujours essayé d’en discuter avec les professeurs ; de leur dire : Voilà, il s’est passé telle ou telle chose dans l’établissement ; je pense qu’il faut réfléchir à des attitudes que nous devons avoir, tous ensemble, pour [faire en sorte] que cela ne se reproduise pas.

Donc, je fais ce travail régulièrement depuis plusieurs années. Et, le jour de la prérentrée - je l’ai encore fait cette année... quand j’ai accueilli dans l’établissement les nouveaux collègues, qui ne savaient pas qu’ils seraient peut-être confrontés à ce genre de difficultés. Donc, je les amène à réfléchir à cela et à avoir une attitude cohérente. Je pense qu’au sein d’un établissement scolaire, c’est la cohésion du comportement de tous les adultes par rapport aux difficultés - comme d’autres d’ailleurs [ ?] - qui fait que l’on a plus de chances de réussir.

Pour ce qui est de la pédagogie, du fait de la laïcité, il y a un certain nombre de moments qui sont institutionnalisés dans les programmes scolaires, et qui permettent de le faire. Il y a les cours d’éducation civique qui permettent de le faire. Et puis, il y a, en général, dans beaucoup d’établissements scolaires, et en particulier dans tous les établissements scolaires situés en Zones d’Education Prioritaires [ZEP], il y a un temps qui est consacré à la vie de classe, où la classe est devant le professeur principal et où tous les problèmes concernant la vie de la classe et de l’établissement sont évoqués et sont - je dirais - [clarifiés] avec les élèves.

Donc, il y a des moments de réflexion. Il y a des moments où les choses sont rappeléespour que ce soit davantage dans le sens du développement de la laïcité.

Bernard Stasi :

Monsieur Baubérot, vous avez une autre question ?

Monsieur Baubérot :

Oui. Et donc, est-ce que l’on peut penser et espérer que ces moments dont vous avez parlé permettent, en tout cas, d’éveiller la conscience des autres élèves, ceux qui n’osent pas témoigner parce qu’ils ont plus ou moins peur, etc. ? Mais - disons - ceux qui ne participent pas activement, ou même, sans doute, qui désapprouvent, dans leur for interne, en tout cas, du moins, de tels actes, malgré tout - disons - il faut passer de cette désapprobation à une prise de conscience active et, peut-être, à une solidarité collective, parce que, ensemble, ils seront plus forts, s’ils sont plus nombreux, pour avoir le courage de sauter le pas et de passer au désaveu, de passer au témoignage. Puisque... finalement un des gros aspects de votre difficulté, c’est que vous vous trouvez devant une absence de témoignage [M. Baubérot veut dire "dénonciation"]
On comprend que, pour les adolescents, ce ne soit pas facile. Bon. Mais je pense que, évidemment, le second... - j’ai parlé de levier, tout à l’heure -, le second acte c’est, après la cohérence des professeurs, d’obtenir, disons, de la part de la majorité des élèves également, une certaine prise en charge des problèmes, à leur niveau et à leur manière, mais, bon, d’arriver quand même, au bout du compte - c’est une stratégie peut-être à moyen et long termes - à mobiliser quand même beaucoup d’élèves pour qu’ils soient conscients de la nécessité de partager, dans la mesure où ils le peuvent, ce problème.

Madame Arvaud :
Si j’ai insisté sur la cohésion entre les professeurs, c’est parce que je pense que plus on dit les choses aux élèves, plus [il y a de chances que cela] fa[sse] son chemin dans leur esprit. Et la cohésion entre les professeurs, c’est justement que ce n’est pas un seul professeur - celui d’éducation civique, ou le professeur principal - qui va parler de ce problème-là, mais tous. Et j’espère que, là, il y aura une prise de conscience parce qu’il y a répétition du message.

Madame le Sénateur ... :
Madame, nous avons effectivement été très sensibles à votre témoignage.

Question : Qu’est-ce qui a été décidé à propos du professeur qui n’avait pas respecté le programme pédagogique ?

Madame Arvaud :
Absolument rien.

[Long silence. Geste d’impuissance de Madame Arvaud et regard éloquent en direction de Madame le Sénateur.]

Gilles Keppel :
Merci, Madame. Ma question s’inscrit un peu dans la suite de celle de Madame le Sénateur.

Nous avons tous été consternés au récit des faits que vous nous avez livrés. Notre travail consiste aussi à essayer d’aborder une réflexion qui aura pour but, ensuite, éventuellement, une réflexion plus large du Ministère de l’Education Nationale sur ces questions.

Or, indépendamment de la question des enfants, sur laquelle il y aura à revenir, j’ai été frappé, comme Madame le Sénateur, par plusieurs éléments de votre récit concernant des faits qui me sembleraient administrativement et juridiquement qualifiables.

Le surveillant qui ne peut pas, ou qui n’ose pas contrôler les entrées [dans l’établissement scolaire] - ce qui vous oblige à être là - on peut le déplorer, et on peut le comprendre, mais il y a là un problème.

Plus ahurissant : les certificats médicaux dispensant d’éducation civique. Tiens ! Je ne suis pas médecin, mais, enfin, je ne vois pas au nom de quoi ce genre de chose peut être fait : je me tourne vers mes collègues juristes...

Et enfin, le professeur d’histoire qui n’enseigne qu’une partie du programme - que ce soit l’islam, le judaïsme ou le christianisme, en l’occurrence, n’a pas d’importance -, mais c’est là quelque chose de tout à fait anormal et qui relève, me semble-t-il de l’ordre de la sanction administrative. Et je suis [inaudible... Vous avez dit que rien n’a été fait : pourquoi ? Les faits, tels que vous les avez rapportés ici, publiquement, semblent justifier au moins l’ouverture d’une enquête.

Madame Arvaud [qui sourit] :
Je vais vous expliquer pourquoi. Aucun professeur ne finit le programme. Vous avez entendu dire, plusieurs fois, les programmes sont gigantesques et aucun professeur n’arrive à boucler le programme, que ce soit en 6ème, ou en 3ème, je pense même à d’autres niveaux. Donc, il y a toujours de bonnes raisons pour avoir traité tel ou tel sujet plutôt que tel ou tel autre.

Et puis, l’ordre dans lequel le professeur traite les sujets n’est pas [du ressort] du chef d’établissement. Jusqu’à la fin de l’année scolaire, je ne suis pas certaine que le professeur ne va pas traiter tel ou tel point du programme. Je ne peux le constater qu’une fois l’année scolaire terminée. C’est là que je m’aperçois que telles ou telles questions n’ont pas été traitées.

Mais j’ai souligné cela. C’était peut-être anecdotique. Mais on pourrait le dire de beaucoup d’autres sujets. Le programme d’histoire ne peut pas être traité en totalité. Donc, là, le professeur joue sur du velours, si je puis dire.

Régis Debray :
Je voudrais juste...

[Bernard Stasi : « Juste une phrase !]

Est-ce que le Commissaire du 11ème arrondissement est informé et quel type d’échanges y a-t-il [avec lui] ?

Madame Arvaud :
Nous avons des liens excellents. Nous avons des entretiens réguliers. Il y a, au Commissariat du 11ème, une cellule spéciale qui s’occupe des incidents avec les chefs d’établissements. Donc nous avons des relations étroites. Et puis, par ailleurs, j’ai moi-même mis en place, dans mon établissement, des interventions de policiers sur un certain nombre de sujets - par exemple, le racket. Et il y a d’autres sujets sur lesquels des policiers font des interventions à l’intérieur de l’établissement pour montrer que la loi existe et qu’il faut la rappeler et la connaître pour pouvoir vivre en bonne harmonie.

Bernard Stasi [s’adressant à Madame Arvaud] :
Je vous remercie beaucoup. Je vous remercie au nom de tous pour votre témoignage, que nous avons écouté avec beaucoup d’attention.

Vous nous avez confortés dans la conviction - qui était déjà la nôtre - que la mission qui nous a été confiée est une mission importante, même si elle est difficile.

Soyez assurée de notre estime. Nous aurons sans doute l’occasion de vous revoir.

Madame Arvaud :

Merci.

3. Interview de Madame Arvaud

Journaliste : Juste quelques petites questions, au sortir de cette première audition présidée par Bernard Stasi. On vous a vu témoigner et revenir sur la difficulté, au quotidien, pour vous, de concilier ce souci de laïcité avec les [inaudible] de jeunes qui sont avec vous. Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un sentiment d’impuissance.

Madame Arvaud : Oui, il y a un relatif sentiment d’impuissance parce que l’application de la loi, telle qu’elle est définie pour les établissements scolaires, l’application du Règlement intérieur, tel qu’il est voté par chaque Conseil d’administration... eh bien, ne sont pas [en mesure] de résoudre les difficultés - je dirais - d’ordre psychologique, [auxquelles doivent faire face] certains enfants, eu égard au fait qu’ils sont d’une confession qui n’est pas celle de leurs voisins de table en classe.

J’ai évoqué, effectivement, les difficultés que rencontraient les enfants juifs, du fait qu’ils sont victimes d’un antisémitisme ordinaire, à l’école, de la part, principalement, d’enfants de confession musulmane. Je l’ai évoqué parce que c’est réel et parce que c’est une souffrance physique et mentale qui se traduit par des difficultés scolaires.

Et si impuissance il y a, c’est parce que l’interdiction formelle de [tenir] des propos antisémites est [formulée] par le chef d’établissement, mais que lorsque ceux qui s’adonnent à ce genre de pratiques le font, évidemment quand il n’y a pas de témoins, et le fait que...

Journaliste : C’est une loi du silence ?

Madame Arvaud : C’est une loi du silence, bien sûr. Le fait qu’il n’y ait pas de témoin rend très difficile la tâche de punir des enfants qui ont ce genre de comportement. Donc, tout cela ne simplifie pas la tâche, et j’ai expliqué qu’effectivement, c’étaient des mesures de sauvegarde que je prenais par rapport aux enfants qui sont martyrisés - je n’emploie pas ce mot-là à la légère -, parce que je n’ai pas les moyens d’empêcher les agresseurs de continuer à [harceler] leurs victimes.

Journaliste : Généralement, vous faites en sorte que l’enfant quitte l’établissement pour ne pas être victime de ce harcèlement. Quand vous parlez de sanction, quel genre de sanction peut-on prendre quand on sait que les parents, quand ils reprennent leurs enfants, ne les reconnaissent pas fautifs ?

Madame Arvaud : J’ai expliqué tout à l’heure que, dans ce genre de difficultés, un fautif qui reconnaît ses fautes, cela m’est arrivé une fois dans toute ma carrière. Donc, en général, on nie, on nie, on nie, rien d’autre. Donc évidemment [les] sanctions [sont] difficiles à prendre.

Et puis, la seule fois où je me suis permis de prendre une sanction, parce que l’élève avait fini par avouer qu’il avait insulté un enfant de confession juive, là, j’ai dû [affronter] la famille, qui m’a traitée de raciste.

Journaliste : Justement, le corps enseignant d’aujourd’hui a besoin d’être préparé, d’être davantage formé pour anticiper ou gérer ce genre de conflits.

Madame Arvaud : Je pense qu’effectivement, il y a, dans la formation des nouveaux enseignants, mais peut-être dans la formation des anciens aussi, nécessité absolue de rappeler ce que l’on peut accepter, de la part des élèves, et ce qu’on ne peut pas accepter. Il y a, en ce moment, une dérive qui est très nette depuis quelques années. Cela date à peu près des années 90. Cela n’existait pas avant.

Journaliste : Il y a une nette détérioration ?, non ?

Madame Arvaud : Oui, tout à fait, très nette. Et puis, les évènements de ces dernières années, depuis, depuis...

Journaliste : Vous évoquez l’Intifada ?

Madame Arvaud : Oui.

Journaliste : [inaudible, la question porte sur l’allusion aux télévisions étrangères, qu’avait faite Mme Arvaud].

Madame Arvaud : Ah ! oui, tout à fait. Il y a une reproduction, à l’intérieur de l’établissement, de ce qui est vu à la télévision. Du moins, ils tentent, parce que moi je lutte tellement contre qu’ils n’y arrivent pas. Mais il y a des tentatives. Et puis, on a vu surgir la nouvelle insulte, lancée à la cantonade, dans le genre : "Vive Ben Laden !", qui fuse dans les couloirs et dans les cours de récréation, sans retenue.

Journaliste : Est-ce que vous avez l’impression que les professeurs et les enseignants, aujourd’hui, sont seuls à supporter ce poids, et qu’il y a une grande difficulté à communiquer avec les parents ?

Madame Arvaud : Je pense que la difficulté de communiquer avec les parents est réelle. J’ai évoqué tout à l’heure le fait que les parents d’origine musulmane refusent les sanctions que je prends, parce que je suis une femme. C’est quand même quelque chose d’assez difficile à gérer. Donc, il y a un réel problème. Ce hiatus entre une culture à la maison et une autre à l’école. Il y a une réelle différence.

Journaliste : Merci d’avoir répondu à mes questions.



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