La théorie des 3 nuances

vendredi 11 février 2005.
 
Les gris passent à l’attaque et méfiez-vous, ils sont partout !
On reprochait au manichéisme sa simplicité, le manque de subtilité de cette façon de classer les camps : les bons et les méchants, les blancs et les noirs. Cette dernière façon de présenter les 2 catégories a soulevé des effets secondaires importants.
L’association du noir au mal est logiquement mal perçue par les Noirs justement. Pour l’anecdote, nous avons donc vu en réponse à une culpabilisation du noir presque universellement culturelle, ne serait-ce que parce que les enfants ont peur de l’obscurité donc du noir, l’apparition du mouvement « black is beautiful ». Et je suis assez d’accord, « black is also beautiful », il n’y a qu’à voir Béyoncé ou Denzel Washington pour en être convaincu.
Retour au propos initial : Pour affiner le possibilités de classement des camps en catégories, on en a inventé une troisième : celle des gris. Personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir, nous somme tous gris car nous avons tous quelque chose à nous reprocher. Vision hautement chrétienne de l’humanité, marée humaine de pêcheurs que la miséricorde du très haut va racheter, venu le jour du jugement dernier. Oui, il y a de l’ironie dans mon propos... Le problème, c’est qu’au lieu de donner plus de précision au classement en ajoutant une catégorie, on a en fait rendu encore plus floue notre perception. Puisque blanc et noir, n’existent pas, c’est que tout le monde se trouve dans la catégorie des gris. En passant de deux catégories à une seule, nous avons régressé. Il n’y a plus de hiérarchie dans la vilenie ou la noblesse (Les lecteurs un peu habitués à ma prose reconnaissent là mon cheval de bataille).
Pourtant, essayer de reconnaître le bien du mal, même si l’on se trompe, c’est bien un des objectifs de l’Homme. Il crée des religions puis des lois précisément parce qu’il croit avoir pu distinguer le bien du mal, tout du moins le mal du reste. Et ces lois sont indispensables (même accompagnées de leurs effets néfastes) au bon fonctionnement d’une société qui veut progresser.
S’abstenir d’avoir un avis critique sur une idéologie, un mode de vie, une religion etc. en invoquant le fait que tout le monde est de toutes façons gris est une démission intellectuelle fort dommageable à moyen et long terme. Elle nous empêche de réagir, elle paralyse la pensée et l’action alors que justement tout bouge autour de nous, que certaines mouvances intellectuelles ne se privent pas de nous juger décadents.
Je propose donc une échelle de 256 gris, le nombre de nuances étant une puissance de 2 pour optimiser l’informatisation de la base de données car, on le sait, les ordinateurs préfèrent les puissances de 2...

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