La nouvelle valeur refuge

vendredi 11 février 2005.
 
En ces temps incertains, les valeurs refuges sont toujours les bienvenues. En voilà une nouvelle qui est sensée préserver plus que vos possessions : votre âme !
Il est rare de trouver une valeur qui mette tout le monde d’accord, quel que soit le camp. Un de ces valeurs « miracle », c’est la paix. Tout le monde veut la paix. Quand l’Iran se débat devant l’ONU pour expliquer qu’elle a le droit de développer la technologie nucléaire et que tout empêchement serait une menace pour la paix, elle fait appel à cette notion. Les USA justifient la guerre en Irak par leur lutte contre le terrorisme et les victoires que remportent les alliés là-bas nous rapprochent, parait-il, de la paix. Arafat veut la paix avec les israéliens, Bachar al-Assad aussi. Des pourparlers de paix sont en cours au Soudan (mais les milices Janjaweed continuent à tuer) etc. Partout se tiennent des conférences pour la paix et les candidats au Prix Nobel de la paix se comptent par dizaines.
Décidemment, tout le monde se réclame du camp de la paix ! Au final, on comprend bien que si tant de gens aux valeurs si différentes, dans des situations si diverses et avec des méthodes toutes aussi diverses se disent en quête de paix, c’est qu’il y a anguille sous roche.
Je vais vous surprendre : au premier degré, tous ces gens veulent effectivement la même chose. Si on creuse un tout petit peu, vraiment un tout petit peu, on s’aperçoit que la question n’est pas de savoir si c’est la paix que l’on souhaite mais QUELLE PAIX et COMMENT L’ATTEINDRE.
Oui, c’est aussi bête que ça. En URSS, il y avait la paix mais quelle paix ? En Corée du nord, il y a la paix, mais quelle paix ! Je pourrais multiplier les exemples, la paix n’est pas une fin en soi. Ben Laden veut la paix mais SA paix, celle où toute la population terrestre est musulmane ou morte. Il est clair que si la terre entière est musulmane au sens de Ben Laden, il y aura la paix. La Corée du nord veut la paix, une paix où les pays environnants désarment et démilitarisent leurs territoires et où celle-ci peut s’adonner à des essais nucléaires à gogo et peut se réunifier avec la Corée du sud en lui imposant son régime stalinien.
On peut donc dire que vouloir la paix ne coûte pas grand-chose dans un discours en terme de remise en question. Il serait donc souhaitable que les observateurs de la vie politique ne s’arrêtent pas aux déclarations de principe de tous les états voyous quant à leur souhait de paix et analysent les actes pour déterminer quelle paix veulent ces états et comment ils comptent l’atteindre.

Répondre à cet article

Forum