Montée de l’islam revendiqué

jeudi 10 février 2005.
 
De même que la Nature a horreur du vide, une religion a horreur de l’espace public laïque, et le comble
Le 25 juillet 2004, à l’occasion de ma partie de football dominicale, j’ai été témoin d’un évènement qui me parait remarquable et surtout emblématique de notre époque.
Sur une moitié de terrain, un match entre 2 équipes se déroulait. Les joueurs d’une des deux équipes étaient tous, à en juger par leur apparence des « jeunes issus de l’immigration ». Dans l’autre équipe, on pouvait voir un mélange, relativement foncé de jeunes de toutes origines, même des français de souche !
Par 3 fois, un joueur, que je n’ai pas pu identifier, probablement impressionné par une belle phase de jeu s’est écrié « alla akbar ». Certains disaient que Beckenbauer était dieu sur un terrain de foot, le 25 juillet 2004, dieu a repris son titre.
Cette histoire est à mettre en parallèle avec une discussion brêve mais intense que j’ai eue avec un déménageur : celui-ci, après m’avoir rapidement et poliment posé quelques questions sur mon travail s’est mis à m’expliquer qu’étant musulman, il s’intéressait à la science puis il a ajouté que le darwinisme était une théorie qui ne tenait pas debout, que dieu a crée l’univers. Je n’ai évidemment pas haussé les épaules et j’ai maintenu fermement ma position de personne sensée sans espoir toutefois de le faire revenir à de meilleurs sentiments.
Je suppose que ce n’est pas la première fois que ce jeune footballeur utilise cette locution, ni la dernière. Pas plus ne soupçonné-je que le déménageur de n’avoir déjà fait son numéro à un auditoire moins assuré de ses connaissances scientifiques. Mais surtout, je note que c’est maintenant et aujourd’hui que cela se passe. La montée lente et continue de l’islam revendiqué en France est un phénomène aujourd’hui indéniable. La consécration du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), les manifestations contre la loi sur la laicité à l’école, le rapport des Renseignements Généraux et d’une manière générale le trouble qui agite le monde arabo-musulman, tout ces évènements font progresser chez certains musulmans l’idée que leur religion mérite qu’on parle d’elle en toute circonstance, en tout lieu, à toute heure.
En fait, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un jeu d’enfant, celui qui consiste à tester l’autorité, à tester le public, à déterminer les limites de ce qu’ils sont prêts à supporter. On tire la couverture à soi aussi longtemps que personne ne s’en plaint, si quelqu’un en vient à se plaindre, on teste alors sa motivation à rétablir un certain équilibre, « you call the bluff ».
Quelle couverture tirent-ils, ces 2 jeunes me direz-vous ? Et bien ils occupent un espace que toutes les religions avaient accepté de quitter, un espacé laïcisé il y a 100 ans de ça pour le bien de toute la Nation : « échangerait prosélytisme contre paix sociale ». Si cet espace public est effectivement vide, il peut aussi être conquis sans effort par celui qui l’investit, au risque de bousculer cette paix sociale, au risque de générer un ressentiment chez les parties qui avaient abandonné la lutte, au risque de simplement modifier un statu quo auquel tout le monde était habitué.
Personnellement, je tiens à mon bout de couverture.

Répondre à cet article

Forum